30 janvier 2010

Ce texte est tiré du site http://www.terrappa.org. Auteur de COGITO LES PIEDS DANS L'EAU, GP Rieker-Larose a créé et présidé cette association à vocation humanitaire. La recommandation rappelée ci-après a été expédiée à Monsieur Sidiki Kaba, Président de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) à Paris, le 31 juillet 2006. La FIDH n'a toujours pas réagi...
EXPOSE DES MOTIFS
“Toute personne peut légitimement revendiquer son droit naturel d’appartenance physique à la terre où ses derniers ancêtres connus ont ancré leurs racines et y retourner, si elle le désire”, doit être ajouté dans un alinéa 3 destiné à compléter l’art. 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. En effet, les articles 12 et 13 de ladite Déclaration permettent de comprendre que l’adjonction demandée y est implicitement suggérée.
Il est tout à fait évident que toute personne, née quelque part sur la terre, se nourrit avec des aliments obtenus du sol familier, ou tirés de l’élevage du bétail environnant. C'est ainsi que l’espèce humaine grandit, s’active, vieillit, meurt et retourne dans cette terre, qu’elle soit consistante, sablonneuse ou serve de support aux flux de l’hydrographie.
L’appartenance physique de tout être vivant à un certain support terrestre est donc une réalité incontestable, un droit naturel et donc fondamental. Il doit être clairement énoncé comme tel, car beaucoup de personnes tenues éloignées de leur lieu d’origine sont en proie à des malaises générateurs d’une souffrance morale profonde, déprimante, parfois funeste. Maintenir cet état de fait est inhumain, indigne d’une société capable de comprendre que le droit de toute personne à l’appartenance revendiquée est fondé sur le constat que sa lignée est formée par la chaîne des générations qui se sont succédé depuis la manifestation de ses ancêtres sur la terre.
Avec ce droit d’appartenance, il demeure toujours possible à de modifier la trajectoire de sa lignée vers un autre lieu géographique d’existence, choisi par ses soins, si telle est sa volonté et que sa demande est recevable.
La reconnaissance de ce droit fondamental ne rejette nullement le point de vue des différentes religions quant au concept de l’appartenance religieuse des personnes concernées.
Au surplus, nous avons précisé à Monsieur Abdou Diouf, Secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a suivi, dans le temps, les principes déjà établis dans la Déclaration des Droits des Habitants de l'Etat de Pennsylvanie, de juin 1776, et notamment le principe des droits naturels dont les personnes peuvent se prévaloir, ce qui implique celui d'appartenance naturelle à une certaine terre, au sens géographique du terme, pour le moins.
Voir aussi mes blogs sur canalblog :
http://projetgprieker.canalblog.com
Commentaires
Interrogations
“Toute personne peut légitimement revendiquer son droit naturel d’appartenance physique à la terre où ses derniers ancêtres connus ont ancré leurs racines et y retourner, si elle le désire”
en principe, cela me parrait juste comme idéal.
Ceci dit, j'ai des questions et des incompréhensions concernant l'argumentaire; je vous fait part de mes interrogations:
"Il est tout à fait évident que toute personne, née quelque part sur la terre, se nourrit avec des aliments obtenus du sol familier, ou tirés de l’élevage du bétail environnant. (...) L’appartenance physique de tout être vivant à un certain support terrestre est donc une réalité incontestable, un droit naturel et donc fondamental." Oui, c'est une réalité. Mais je ne vois pas comment elle engendre un droit social (tout droit est social, il n'y a rien de naturel) : je mange des fraises d'espagnes, ai-je des droits particuliers sur ce pays ?
A contrario, je suis née dans un pays dont, aujourd'hui, je ne mange rien.
En fait, je ne comprends pas le lien logique entre l'envirronement qui nous nourrit, et le pays de nos ancêtres.
Mais surtout, vous avez une conception assez occidentale, onusienne, de la chose. Dans mon cas, ce pays a changé de lieu, selon la date où l'on se réfère... et s'est démultiplié en différentes nations. Mes derniers ancêtres, je sais d'où ils sont (mes parents). En revanche, à trois générations près, je crois qu'on tombe sur des nomades; et selon la vision du monde nomade (qui n'est pas onusienne), la terre ne leur appartient pas, elle est simplement leur foyer, leur maison - sans rapport de propriété -. C'est pour cela qu'ils n'ont pas d'Etat ou de frontière... (Par exemple, il y a plus de yakoutes sakha en dehors de la yakoutie, que dans ses frontières.)
" beaucoup de personnes tenues éloignées de leur lieu d’origine sont en proie à des malaises générateurs d’une souffrance morale profonde".
Je suis en plein dedans, en compliquant la chose : je suis née sur un pays, ma langue maternelle est celle d'un autre pays, je suis citoyenne des deux et ne porte l'identité complète d'aucun des deux. Ce qui, apparemment, arrive à pas mal de gens.
"Maintenir cet état [de souffrance] de fait est inhumain, indigne d’une société capable de comprendre que le droit de toute personne à l’appartenance revendiquée est fondé sur le constat que sa lignée est formée par la chaîne des générations qui se sont succédé depuis la manifestation de ses ancêtres sur la terre."
maintenir cet état... mais qui le maintient ?
D'une part, les personnes qui refusent de se nommer autrement que "exilée", qui refusent de modifier leur identité d'origine au profit d'une nouvelle, voire deviennent plus intégristes que dans leur pays (je crois que Amin Maalouf a travaillé sur cette question des identités de migrants-migrés, selon la génération concernée). Pourquoi ? Je l'ignore.
D'autre part, pour être étrangère en France, je sais que tout le monde, français ou non, me demande de quelle origine est mon nom. Autrement dit, on me demande dans quelle case je suis. Or je ne suis pas forcément dans la case de mon nom, celle de mes parents. J'ai un nom dont je ne porte pas l'identité. Et dans le cas de maintenir cette souffrance (dans le cas où c'en est une), c'est tout le monde qui est concerné : la population alimente ses propres mythes d'une appartenance unique, par des questions qui émanent d'elle même tous les jours; même quand je réponds que j'ai deux pays, on me demande d'en donner un plus que l'autre... (j'ai oublié le nom du chercheur qui avait synthétisé ses thèses sur la question de l'identité unipolaire, mais je peux vous fournir le texte si vous le souhaitez). Alors, comment changer, de force, les cases culturelles inconscientes ? Et surtout, a-t-on le droit moral, pour légiférer sur une partie de la population, de faire violence à toute la population, dans l'hypothèse où le droit, la loi, permettrait d'être heureux. Hypothèse idéaliste, mais bon...
"Avec ce droit d’appartenance, il demeure toujours possible de modifier la trajectoire de sa lignée vers un autre lieu géographique d’existence, choisi par ses soins, si telle est sa volonté et que sa demande est recevable."
Je sais que ce serait l'idéal, mais il ne faut pas se leurrer. Avoir le droit (légal) ne signifie pas avoir la possibilité (les moyens de faire). Etre libre et avoir des droits, oui. Mais si on n'a pas l'argent pour retourner dans son pays voir ses parents (ou plonger dans le folklore), on a beau avoir le droit, la question demeure.
A contrario, qu'est-ce que ce droit apporte de plus ? Est-il question de choisir sa nationalité ? Je ne comprend pas très bien, si vous pouviez m'éclairer ?
Enfin, vous parlez d'une certaine forme d'identité, celle du sang (parenté) et de la nation (territoire et frontières).
Or l'identité peut être aussi invoquée et revendiquée dans d'autres cas; l'individu peut s'assimiler à un certain groupe sans avoir des liens ancestraux ou de naissance.
C'est le cas des français convertis au bouddhisme (religion), des identités créées par les loisirs (identité par exemple manga - asiatisante, revendiquée comme identité à part entière par les personnes concernées, mais non politique ni revendiquée politiquement, car assouvie par le marché de la consommation)... Une identité, c'est ce que l'on ressent être, même si c'est spontané, je veux dire, si c'est un choix.
Alors ensuite, si on a une identité que l'on ne revendique pas devant la loi, on fait comment (par exemple, les "circassiens" sont une ethnie, entre autre, de turquie, dont l'identité n'est pas revendiquée, ni démarquée autrement au quotidien que par le port d'un prénom ou nom de famille de cette ethnie.
Ma question est : doit-on tous avoir des droits égaux ? peut-on tous avoir des droits égaux ?
Si j'ai des droits de par la nature de l'identité que je revendique, (identité choisie et construite, essentiellement confessionnelle, par exemple), est-ce qu'il faut absolument que toutes les identités aient le même droit ?
Si en tant que musulmane vous avez le droit de prendre les jours fériés des musulmans (loi française actuelle), est-ce à dire que les non musulmans peuvent en bénéficier, de la même manière que les athées bénéficient des jours fériés catholiques ? Et les mangaphiles peuvent-ils agir en posant des jours fériés (pourquoi pas) ?
Bref, je ne vois pas les retombées bénéfiques indiscutables du projet, tel que vous l'argumentez, alors que sans l'argumentaire, je le trouvais intéressant. A croire que chacun lit ce qu'il veut... Je crois qu'avoir des droits ouvre des possibilités (qui n'existeraient pas aujourd'hui ?) mais ne donne pas le bonheur, qui est une question assez personnelle, et que chacun résoud à sa manière, dans son histoire de vie personnelle.
Voilà, donc j'aurais voulu comprendre pourquoi la nécessité d'imposer une idée à valeur universelle, sur quelque chose de identitaire, privé, personnel ?
J'attends avec grand intérêt que vous publiiez votre réponse, laquelle ne sera qu'enrichissante.
Re : Interrogations
Merci une fois de plus pour le long message, très étoffé, dans lequel vous exprimez des doutes et des espoirs que je comprends parfaitement.
Je suis moi-même au bénéfice de deux nationalités, sachant sans en avoir la preuve que mes ancêtres les plus récents connus (donc pas la parenté jusqu'à l'arrière grand-père, seulement) vivaient dans l'Europe du nord, venant de Dieu sait où.
Lorsque j'ai écrit "COGITO LES PIEDS DANS L'EAU", en 2001, j'avais lu et bien compris le livre de Boris Cyrulnik (Les nourritures affectives) dont j'avais retenu, en particulier, la remarque que : "Celui qui n'appartient pas ne devient pas". Etant moi-même au sein d'une société multi-ethnique où toutes les personnes sont venues par la colonisation, la plupart sans savoir d'où, m'a ouvert les yeux sur l'appartenance naturelle qui est le fait d'appartenir à un certain sol. C'est moi qui appartiens à un certain sol et non le contraire. Je suis né de la poussière (symbole de tout ce qui fait croître la nature qui me nourrit) et je n'en suis qu'un produit. Mais le fait de le savoir engendre le sentiment d'appartenance aux générations qui m'ont précédé, dont je suis un maillon et dont les gènes poursuivront la lignée à travers mes descendants. Cette certitude est extraordinairement stimulante pour conduire ma vie et celle de ceux dont j'assure la subsistance. Je pense que c'est le premier sentiment de valeur sur lequel se construit le mental tout entier. Comment il résiste aux influences contradictoires qui caractérisent la société humaine, c'est le défi à relever pour chacun. J'ai écrit dans mon livre que l'essentiel est de vivre sa vie soi-même. Cela signifie bien qu'il est nécessaire d'éviter tous les pièges possibles que nous tend la société dans son organisation imposée à tout un chacun.
Dans l'immédiat, j'espère que vous trouverez le temps de lire mon livre et, si vous le souhaitez, je répondrai à d'autres questions à votre convenance.
Des questions à votre convenance...pitié je vous en prie.
Il faut juste avoir la volonté de dépenser de l'argent.
Pour nourrir tout le monde. Il n'y a pas d'autres questions débiles sur l'égalité à se poser. Sur : est-ce qu'on a droit à être égaux et ce genre de choses.
Vous me semblez bien frileux avec vos questionnements sur ce sujet des plus importants.
Hum.
Ancêtres ...
Tout ça est parfait d'un strict point de vue théorique.. Mais m'évoque, du point de vue pratique des recherches généalogiques plus terribles que les travaux d'Hercule !
Comme il est dit plus haut, la plupart des gens savent avec certitude leurs ancêtres proches (et ont souvent la même nationalité qu'eux) mais le flou généalogique se produit justement avec les migrations.
D'autre part... Le droit de revendiquer l'appartenance à la même terre que nos derniers ancêtres connus passe-t-il par la perte d'une nationalité autre ? Ce peut être gênant... Et si tel n'est pas le cas, c'est la porte ouverte à des multinationalités presque sanf fin (chic, c'est enfin la fin des frontières!)
Et comme nous sommes tous avec certitude issus de la terre d'Afrique (kek'part en Ethiopie, y paraît), le plus simple est de nous déclarer éthiopiens tous autant que nous sommes...
LOL...
Et sans intention d'offenser qui que ce soit, bie au contraire.
Re:
Merci d'avoir donné votre appréciation.
La reconstitution de l'appartenance à une lignée ancienne ne peut se faire indépendamment de la connaissance du ou des supports territoriaux qui en ont permis le cheminement jusqu'à maintenant. C'est évident et souvent frustrant du fait de l'absence de documents ou de repères fiables dans le temps. Mais il est nécessaire de commencer la recherche sur les lieux géographiques où des ancêtres familiaux ont vécu et peut-être ancré des racines au gré des événements rencontrés dans leur existence.
La connaissance des nationalités impliquées est donc moins importante que la découverte de probabilités d'appartenance, ne serait-ce que de manière mnémonique, ou même intuitive, à des ancêtres que des lieux, actuellement visités, éveillent ou réveillent en nous, tout à coup, dans des endroits particuliers, sur un ou plusieurs continents.
Dès lors, pour toutes les personnes qui en éprouvent le besoin, ou qui souffrent du fait qu'elles ignorent d'où elles sont venues à tel endroit, par la volonté, l'intérêt, la nécessité ou la contrainte ayant conduit les ancêtres récents à s'établir sur l'un ou l'autre des continents, de connaître la satisfaction d'une appartenance au moins partielle à une succession de générations dont chaque pierre était censée construire un chemin pavé de bonnes intentions pour tous les descendants à venir. Et le résultat d'une telle recherche, si modeste soit-il, ne peut être que positif s'il conduit les descendants actuels à comprendre et à poursuivre l'effort des prédécesseurs.
C'est pourquoi la Charte des Droits de l'Homme doit inclure celui de pouvoir aller vivre, et peut-être s'établir, là où la sensation d'appartenance générationnelle sera la plus forte.
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